Onomastique

O

 

comme

Rien ne témoigne mieux des contacts et des mélanges entre les cultures, les religions et les nationalités que les noms des hommes. Proust rêvait sur les noms évocateurs des aristocrates de son temps dans lesquels étaient sans cesse enclos des noms de fleurs, de villes ou de pays. Les noms des hommes d’aujourd’hui ne sont pas moins propices à la rêverie. Parfois, un nom et un prénom suffisent à résumer des mélanges culturels et historiques qui ont mis des siècles à s élaborer. L’histoire de conflits, des contacts et des synthèses peut loger dans un patronyme. Les noms portugais aux sonorités si étrangement élastiques que portent à côté des leurs les habitants de l’Angola ou du Mozambique, la morphologie si fortement slave avec ses aspérités et ses chuintements, comme un paysage d’eau et d’à pic, sous laquelle on devine encore les noms d’origine ottomane de Bosnie ou du Sandjac, les prénoms anglo-saxons précédant les noms chinois aux sonorités de porcelaine brisée des habitants de Hong-Kong, les mélanges de noms de saints chrétiens alliés à des patronymes arabes très fortement connotés par l’islam et qui sont une caractéristique des chrétiens d’Orient, les noms où se mêlent les sonorités rudes de l’espagnol ou parfois de l’arabe à celles d’un très vieux français bizarrement prononcé et que l’on trouve parfois dans le nom de certains Sud-Américains, toutes ces possibilités onomastiques sont autant de fragments de poèmes, autant de traces indélébiles des métissage culturels réalisés bon gré mal gré à travers l’histoire et que les hommes portent dans leur identité individuelle.