Vêtements

V

 

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Comme les modèles architecturaux et comme la cuisine, les coutumes vestimentaires humaines se sont de tout temps influencées les unes les autres, et des traits particuliers ont été ici et là adoptés, par souci esthétique, fascination ou commodité et adjoints après modification plus ou moins importantes aux coutumes vestimentaires originales, elles-mêmes constituées en fonction de paramètres géographiques, climatiques ou domestiques liés à l’habitat, aux moyens de transport ou tout simplement aux manières de vivre. Mais il est certain que de véritables processus de conversion ont lieu lorsque les sociétés les plus avancées, ou les sociétés dominantes politiquement ou culturellement se mettent à exercer fascination et envie sur leurs voisines. Ces dernières se mettent immanquablement à imiter et à reproduire les modes de vivre, et donc de s’habiller, des sociétés dominantes.

Ce phénomène est déjà connu depuis l’Antiquité, avec l’influence de l’Orient sur les Grecs, des Egyptiens puis des Assyriens sur les Phéniciens, des Grecs sur les Romains ou des Chinois sur les Japonais. C’est probablement la même chose qui s’est produite à partir de la fin du XIXème siècle, lorsque les classes sociales les plus aisées du Levant jusqu’au Japon, se sont mises à adopter les modes vestimentaires européens, par souci d’émulation et de valorisation de soi. Mais contrairement à ce qui s’est toujours produit dans l’Histoire, cette influence, au lieu de rester confinée aux classes les plus aisées, s’est répandue également dans les classes moyennes puis même dans les classes les plus modestes. D’abord parce que, dans un univers de plus en plus soumis à l’occidentalisation sinon des modes de vie intimes, du moins des modes vie collectifs, de travail et de loisirs, l’adoption des coutumes vestimentaires européennes est apparue beaucoup plus commode. Ensuite parce que la démocratisation et l’industrialisation à grande échelle de la mode en Europe et dans tout l’Occident ont permis une ample diffusion des produits de la mode occidentale dans le monde, puis leur imitation. La fascination pour le mode de vie et d’être de l’Occident mêlée à un coût relativement bas des vêtements a ainsi gagné toutes les couches de population dans les sociétés du monde.

L’influence du costume européen, qui constitue un des points de rencontre les plus importants entre les coutumes et les cultures, n’est pas la même partout. Le phénomène est extrêmement variable. Il dépend probablement du degré de résistance du costume traditionnel ou autochtone face au vêtement européen dans le cadre d’une évolution occidentale du mode de vie. Lorsque l’occidentalisation du mode de vie devient incompatible avec les coutumes vestimentaires traditionnelles, celles-ci s’adaptent fatalement. Mais lorsqu’elles sont capables de résister ou, à l’inverse, que la vie ne s’est pas occidentalisée, l’habit demeure le même. Ceci est valable à tous les niveaux, celui d’un pays tout entier, où les villes peuvent être habillées à l’occidentale et pas les campagnes, comme celui d’une ville, où les quartiers riches et ceux des classes moyennes peuvent avoir adopté le costume occidental et pas les quartiers pauvres. Et dans ces derniers, il peut arriver que, au sein d’une même d’une famille, les hommes soient vêtus selon la mode vestimentaire la plus élémentaire inspirée de l’occident et pas les femmes.

Rien aujourd’hui plus que le vêtement n’est devenu l’objet de si incroyables mélanges, depuis la haute couture qui attire les femmes riches de tous les pays jusqu’à l’espéranto vestimentaire (jeans et T-shirt ou pantalon de toile et chemise) partagé par les plus déshérités. A l’inverse, les riches ou les classes moyennes peuvent aussi être vêtus d’habits traditionnels, toutes sortes d’adaptations étant alors possibles, depuis le principe du vêtement européen confectionné à partir de tissus bariolés à la mode africaine jusqu’à la robe traditionnelle princière, arabe ou indienne, si riche qu’elle peut passer pour une robe du soir de grand couturier, en passant par l’association d’accessoires traditionnels (couvre-chef ou caftan) au costume intégral européen. Bref, tant en éradiquant des coutumes vestimentaires devenues anachroniques qu’en se mariant plus ou moins heureusement avec des traditions anciennes, les manières occidentales de s’habiller sont devenues une sorte de langage universel. Libre à chacun de l’adapter à sa guise et quand il l’estime bon.