Zénobie

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On pourrait finir avec elle, qui mêla si bien les principes féminins (beauté, séduction, versatilité) et virils (royauté, soif de conquête territoriale, grande culture) tels qu’on les imaginait à son époque, et qui régna sur une ville dont elle fit le lieu de rencontre du sédentaire et du civilisé, du masculin et du féminin, de la culture gréco-romaine et de culture orientale.

Pour nous, le plus intéressant, c’est que Zénobie reine de Palmyre se tailla à partir de sa petite oasis princière un immense empire, de l’Euphrate jusqu’au Bosphore d’un côté, jusqu’à l’Egypte de l’autre. Cet empire et celle qui le fit ont souvent hanté l’imagination des tenants d’un nationalisme arabe sans islam, qui voyaient en Zénobie la fondatrice d’un empire arabomorphe et la championne du combat contre l’Occident colonisateur (les Romains). L’ennui, c’est que si Zénobie a construit cet empire, c’est bien plus par soif du pouvoir que pour des considérations nationales, c’est un truisme. Mais si on veut rêver un peu, et comme on sait que Zénobie était une femme hors pair à cause de sa culture grecque, de son amitié avec le néo-platonicien Longin, qu’elle parlait l’égyptien et très certainement le latin, on pourrait dire que si elle eut un jour un grand projet, ce fut plutôt celui de la constitution d’un empire gréco-oriental.

Zénobie, successeur et incarnation féminine d’Alexandre ? Rêvons. Après tout, la dose de rêve et d’utopie fait aussi partie de l’intérêt que l’on porte à l’histoire de la culture, tout comme l’élaboration de synthèses culturelles imaginaires est un des jeux de l’esprit les plus fascinants.